Appel à textes

Revue Chemins de formation – Numéro 24

Les pratiques d’accueil : du biographique à l’institutionnel (CF24)

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Présentation du projet

Les travaux sur l’accompagnement font l’objet depuis plus d’une vingtaine d’années d’une actualité intense. Désenlisé de la fonction qui lui est généralement assignée par l’univers scolaire et plus globalement associé aux métiers dits de la relation, l’accompagnement est presque devenu un générique pour penser les ingénieries de la formation, les dispositifs d’insertion, la reconnaissance des acquis de l’expérience et la professionnalisation. La notion a été pensée à partir des postures, des figures ou des paradoxes auxquels les professionnels de l’éducation, de la formation, du travail social et de la santé sont confrontés. Ces aspects ont été appréhendés en prenant en compte la durée des parcours, les formes d’engagement réciproque, les situations respectives et leur évolution dans le temps. Par contraste, l’accueil semble resté dans l’ombre. Référant aux domaines du sensible et de l’hospitalité, il semble inscrit dans la logique du vivant, les pratiques en résultant relevant alors d’une disposition réceptive quasi immédiate, d’une spontanéité à la fois fragile, risquée et nécessaire conduisant à se maintenir disponible pour autrui. Comment dès lors appréhender les logiques et les pratiques d’une fonction dont la pertinence se déploie potentiellement à l’échelle infralangagière en s’émancipant des logiques technicistes ou gestionnaires ? Ou, pour le dire différemment, comment s’institutionnalisent les pratiques d’accueil, lorsqu’elles prennent pour sol le vécu et l’histoire du sujet, tandis que leur destin contemporain est de s’accomplir dans des dispositifs ? Quelles sont les finalités assignées à l’accueil à travers l’analyse des pratiques et des places des individus aux prises avec des institutions qui les traversent ? La naturalisation croissante de l’accueil, conduit-elle à le normer et à le procéduraliser davantage, à le faire vivre dans les discours sans en interroger les dimensions éthiques ? La personne accueillie est-elle un intrus de l’institution ? De quel accueilli est-il question ?

Une manière de repenser l’accueil, en tant que paradigme concourant à définir et à caractériser des pratiques, des dispositifs, des politiques dans les champs du social, de l’éducation et de la santé est de commencer par interroger les théories du sujet à partir desquelles les formes de l’accueil se déploient. Cette perspective conduit à réexaminer les ancrages axiologiques à partir desquels s’édifient les pratiques, en empruntant notamment aux courants de la recherche biographique, de l’herméneutique et de l’analyse institutionnelle. L’enjeu est alors de situer les modalités de l’accueil mises en œuvre au regard des conceptions même de ce qui doit être accueilli : l’expression de l’expérience, la mise en récit des histoires de vie, les projets d’insertion et d’évolution professionnelle, les dynamiques d’émancipation, la restauration des solidarités collectives…Recueillir l’expérience du sujet, devenir attentif à ce qui s’exprime dans le cours de la relation, au cours de l’échange, suppose de percevoir, de voir et de concevoir ce qui peut être accueilli dans et au-delà de l’institution. Selon cette perspective, les manières d’accueillir l’expérience peuvent être comprises comme intervention, au sens de la mise en présence et en tension d’enjeux et de postures parfois contradictoires par la situation de rencontre avec l’autre. Comment dès lors favoriser l’expression de l’expérience, sans ignorer les enjeux de pouvoir associés aux régimes de validité des discours ?

Afin de situer, spécifier et définir l’accueil, les projets d’articles pour ce dossier pourront se situer dans un des trois axes ci-dessous :

  • Axe 1 : L’accueil en tant que paradigme. L’enjeu ici est de préciser les ancrages théoriques et philosophiques qui fondent l’accueil en tant que paradigme, au sein des pratiques sociales. Il s’agit notamment d’identifier le réseau des concepts qui lui sont associés selon une perspective sociohistorique, philosophique, et interdisciplinaire. Les travaux s’inscrivant dans cet axe pourront également s’attacher à spécifier ce à quoi réfère le paradigme de l’accueil, en tant qu’il se différencie ou s’articule avec d’autres pratiques, telles que l’enseignement, l’accompagnement, le prendre de soin. Il s’agira alors de déterminer les conditions permettant de définir l’accueil en tant que concept.

Axe 2 : Il s’agira pour cet axe de spécifier l’enjeu de l’entrée en relation selon une perspective à la croisée de la clinique de l’herméneutique et du biographique, c’est-à-dire au plus près des personnes concernées. Les articles pourront décrire de manière concrète les pratiques situées, selon les publics et les problématiques sociales en contexte. Ils pourront s’attacher à spécifier ce qui est visé par les pratiques d’accueil, en différenciant les plans de l’expérience du sujet, des processus qui relèvent de l’agentivité et du devenir des personnes accueillies, des mondes vécus au cours de l’accueil et des manières de les habiter, des temporalités de l’accueil et des transformations qualitatives des situations individuelles et collectives : l’accueil constitue-t-il le moment inaugural durant lequel l’expérience de la confiance advient ? Quelle importance accordée aux phénomènes d’ambiance et au climat relationnel ? À quels dilemmes et paradoxes sont confrontés les professionnels de l’accueil, au regard des enjeux contemporains, et aux nécessités de prendre en compte la singularité des personnes au sein des dispositifs ? En quoi l’accueil est-il un moment initiateur de l’agir ? Comment les conceptions sous-jacentes aux pratiques concernant le sujet et son devenir influent sur les manières de structurer les dispositifs, penser les ingénieries de formation ?

Axe 3 : Les contextes sociopolitiques et enjeux institutionnels de l’accueil. Les politiques publiques imposent aujourd’hui de penser l’accueil comme un outil évaluatif tout en optant dans un même mouvement pour une offre d’accueil de plus en plus dématérialisée, un accueil « inconditionnel » et des pratiques d’« aller vers ». Faut-il y voir un risque d’une démobilisation citoyenne et professionnelle ? Le rapport entre temps et espace produit-il d’autres modalités d’intervention dans la relation d’accueil ? Pour quoi y a-t-il des lieux consacrés à l’accueil ? Les transformations institutionnelles à l’œuvre (travail en réseau, mutualisation et plateforme de services…) dans lesquelles se recompose la fonction d’accueil contribuent-elles à créer un territoire d’accueil inclusif ? Quel est aujourd’hui l’espace politique existant par les personnes elles-mêmes pour un accueil du « prendre soin » ? Entre dispositif de masse et parcours individualisé, comment accueillir l’expérience de l’autre aujourd’hui ? Que nous disent aujourd’hui les implications institutionnelles des acteurs concernés au regard des pratiques instituées ? Quelles sont concrètement les pratiques de l’accueil, selon les publics, les contextes, en éducation ? Comment reconnaître et situer dans des dispositifs, des gestes d’attention qui conjuguent disponibilité et visée, respect et réciprocité, cadre et contenance ?

Les auteurs pourront, lors de la soumission de leur projet d’article, se référer à l’un des axes, sans pour autant se cantonner au seul périmètre de l’axe retenu, lors de la rédaction du texte. Les projets d’articles pourront référer à des recherches en cours ou déjà réalisées. Les textes proposant une réflexion théorique ou éthique sur l’accueil dans le domaine de l’éducation, de la formation des adultes, du travail social et de la santé sont également attendus.

Bibliographie

Breton, H. (2021). Counselling and guidance for adults: a narrative paradigm. Studia Poradoznawcze, Journal of counsellogy, University of Lower Silesia, Wroclaw, [Poland]. Vol. 9. p. 294-303. https://doi.org/10.34862/sp.2020.1

Breton, H. (2015). L’accueil de l’expérience dans les pratiques d’accompagnement à l’École de la deuxième chance. Education permanente, Hors-Série AFPA 2015, 117-127.

Cornu, L. (2007). Confiance, étrangeté et hospitalité. Diogène, 2007/4, 220, 15-29.

Demailly, L. (2008). Politiques de la relation. Approche sociologique des métiers et activités professionnelles relationnelles. Paris : Éd. Septentrion.

Denoyel, N. (2007). Réciprocité interlocutive et accompagnement dialogique. Dans : Jean-Pierre Boutinet éd., Penser l’accompagnement adulte (pp. 149-160). Paris cedex 14, France : Presses Universitaires de France.

Foucault, M. (1972). L’ordre du discours. Gallimard

Gavarini, L. (2003). L’institution des Sujets. Essai de dépassement du dualisme et critique de l’influence du néolibéralsime dans les sciences humaines. Analyse institutionnelle entre socioclinique et sociohistoire. L’homme et la société, 147, 71-93.

Janner-Raimondi, M. (2016). Penser l’accueil : de la diversité à l’altérité, place de l’éthico-politique pour construire du commun. Le sujet dans la cité, 7, 41-52.

Lourau, R. (1990). Implication et surimplication. Revue du Mauss, 10, 110-119.

Maurel, E. (2000). Les métiers de l’accueil. In Chopart J-N (dir.). Les mutations du travail social. Dynamiques d’un champ professionnel (pp. 125-138). Dunod.

Monceau, G. (2012) (dir.). L’analyse institutionnelle des pratiques. Une socio-clinique des tourments institutionnels au Brésil et en France. L’Harmattan,

Niewiadomski, C. (2012). Recherche biographique et clinique narrative : Entendre et écouter le Sujet contemporain. Érès.

Rougerie, C. Romagnoli, R. Fortuna, C. (2018). L’accueil dans le champ sanitaire et social en France et au Brésil : un analyseur d’une professionnalité en souffrance. Empan, les Rubriques, 109, 123-129.

Rougerie, C. (2021). L’accueil en Centre Socio Culturel : histoire d’une recherche-intervention qui devient coopérative. Education Permanente,225, 104-117.

Calendrier (à titre indicatif)

  1. Envoi d’une proposition de texte d’une page (titre, résumé, éléments bibliographiques) avant le 07 janvier 2022.
  2. Retour du comité de lecture le 07 février 2022.
  3. Si le comité de lecture accepte le projet d’article, envoi d’un texte de 30 000 signes environ (marge de 20%) pour le 11 avril 2022. Ce texte doit comprendre un résumé en français et en anglais ainsi que cinq mots clés.
  4. Évaluation en double aveugle par le comité scientifique de la revue par notre comité qui pourra vous faire des suggestions de modifications, au plus tard le 16 mai 2022.
  5. Envoi d’une version modifiée au plus tard le 18 juillet 2022.
  6. Publication des texte Le comité de lecture se réserve le droit de ne pas publier un texte s’il n’était pas en cohérence avec le volume dans son ensemble ou si les contraintes formelles n’étaient pas respectées.

Le n°24 de Chemins de formation comportera les quatre parties habituelles de cette revue :

  • Fondements de la démarche,
  • Applications pratiques,
  • Recherches,
  • Varia sur le thème.

Nous vous remercions de situer votre texte dans l’une de ces parties. Vos textes doivent être adressés aux 3 coordinateurs de ce numéro :

Herve Breton, Noël Denoyel, Corinne Rougerie